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Patrick FILLEUX


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Jean-Pascal DUMANS

 

Salicorne

Martine DUFOSSÉ-TARAVEL
 
Plumes d'encre
Roman
-5 %
 16.15 € 17.00 €
Envoi sous 48 heures
Une atmosphère. Une écriture. C’est d’abord ainsi que se caractérise ce roman aux couleurs de la presqu’île guérandaise.
Son climat singulier tient aussi à l’histoire et au tempérament de son héroïne.
Jusqu’où une femme d’aujourd’hui peut-elle se proclamer libérée ?... C’est pour répondre à cette question, qu’à un moment douloureux de son existence, elle tente de retrouver les notes de son carnet intime.
Éclairer le présent par le passé, sortir du chantage dont elle est l’objet, préserver l’équilibre des siens, et en particulier d’Hortense la fille de son neveu, tels sont les objectifs qu’Isabelle, dite « Salicorne », cherche à atteindre.
La vivacité tout comme la musicalité propre au style de ce récit, la finesse de l’approche psychologique des personnages font de la lecture de ce roman un moment d’évasion, d’émotion et de réflexion.
 
130 pages
Extrait

Octobre 2002
Extrait d’une lettre d’Isabelle à François


…Il fallait bien que tu découvres la vérité un jour, François. Tu ne t’y attendais pas, je sais, mais il n’y a pas de difficulté insurmontable. Calme-toi. Ouvre grand ta fenêtre. Respire à fond. Écoute un morceau de musique, verse-toi un whisky. Ce soir ressemble à un soir comme les autres.
Pour te venir en aide, je ne vois qu’elle, ta mère. Dès que tu retrouveras son regard, tu appréhenderas cette histoire d’une autre manière. Imagine-la dans sa posture favorite, assise en face de toi sur son fauteuil. Attentive oh combien ! Après tout, ta mère était… oui, Hélène est aussi ma sœur. Tu peux, tu vas lui lire ma lettre, même si c’est difficile. Peut-être, là-haut, a-t-elle tout compris ? Dans ce cas, je devrais avoir la force de m’effacer, de vous laisser réfléchir, toi et elle, « elle en toi », devrais-je dire.



Sur le point de terminer, Isabelle se ravise. Et si François, surpris par ce mode de communication désuet, doutait de sa bonne foi ? Elle ne peut s’empêcher de se justifier.

Suite de la lettre
J’aurais pu t’appeler. Effectuer des tentatives aux heures où tu es censé être chez toi. Mais n’eût-ce pas été bien trop risqué ? Si tu avais décroché, j’aurais été saisie de panique. Si j’avais dû te laisser un message sur le répondeur, j’en aurais peut-être été incapable. Depuis quelque temps, lorsque je suis chez moi, toutes les fois où j’entends la sonnerie du téléphone, je sursaute. Tu comprends maintenant pourquoi.
À présent, je m’en veux de ne pas avoir essayé plus tôt d’exercer sur toi l’autorité que me confère mon statut de tante. Je suis la sœur de ta mère défunte, François, et ce n’est pas rien.

Doit-elle continuer ? Isabelle s’interroge. Un instant, la peur de ne pas avoir su trouver les mots justes la paralyse. « D’ordinaire, lorsque je rédige, le ton est si différent. Au journal, je dois faire vite, en fonction du nombre de lignes dont je dispose. Ici, c’est tout le contraire. » Et pour prouver à François sa bonne volonté, elle argumente une nouvelle fois.

Suite de la lettre
J’ai essayé de te dépeindre les faits en douceur, de t’amener sans brutalité à comprendre quel rôle tu as joué dans le déroulement de ce scénario. À ma connaissance, seule une lettre permet une telle approche.
Mais le moyen de me glisser dans ta peau, au moment où tu reconnaîtras mon écriture ?

En s’imposant à elle de cette façon, cette question qu’elle aurait dû se poser avant de rédiger lui permet d’imaginer, de prendre enfin en compte la surprise de François. Ouvrira-t-il l’enveloppe avec précaution, avec fébrilité, ou bien en déchirera-t-il les bords d’un geste rageur ? Isabelle ne sait pas. Soudain elle ne supporte plus de ne pas savoir. Elle ressent le besoin de retrouver un peu de l’ascendant qu’elle exerçait autrefois sur son neveu.
Mais comment le responsabiliser sans le culpabiliser ? Faut-il l’impressionner ou faire allusion au passé ? Se raccrocher une fois de plus à Hélène ? Dans le doute, elle poursuit.


Suite de la lettre
Le pays où tu vis en ce moment, les sentiments qui t’habitent ressemblent pour moi à une sorte de désert. Je n’y retrouve plus rien. Je n’y vois plus rien de notre histoire familiale. Notre dernier échange de correspondances remonte à tant d’années… Lorsque c’était toi qui m’écrivais et que je te répondais, tout me semblait si facile.
Aujourd’hui vois-tu, le monde a changé. Un peu partout, les gens s’adonnent à la violence, saisissent le moindre prétexte pour crier vengeance. Même pour dénoncer l’injustice, le fanatisme, ou la guerre, même pour exprimer la détresse, la haine ne se contient plus. Sur tous les continents, elle se déchaîne.
Autour de nous, François, si proche de nous cette fois, l’étau se resserre. Nous laisserions-nous aveugler, enfermer derrière des barreaux invisibles ? Nous résignerions-nous à détruire Hortense, ta propre fille ? Ceux qui veillent sur nos vies et qu’Hélène a rejoints, ceux dont l’amour n’a pas suffi pour éviter ce piège, espèrent de toi un sursaut salutaire.
Une dernière question mon cher neveu : sommes-nous trois ou quatre victimes ?
Écoute ta mère. Elle, elle sait.


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