mardi 18 juin 2013
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Le Spectre de l'Isotèle

Amine UMLIL


Dans le silence de la scène

Jacqueline BERNY-LAPALUS

 

Le Champ des Brûlés

Marie GUILLON
 
Histoires d'encres
Nouvelles
-5 %
 12.35 € 13.00 €
Envoi sous 48 heures
De la perte d’une grand-mère bien-aimée aux cauchemars récurrents d’une « ex-cathare », des stigmates de la passion aux douleurs de l’enfantement, des dernières priorités d’un homme dont le monde s’écroule aux affres de l’abandon, en passant par une femme courant à la rencontre de sa maladie et le chien bien inspiré d’un maître dans la précarité, Marie Guillon nous entraîne dans le dédale des choses qui font mal… Elle croque avec légèreté, émotions et douleurs diverses, d’une écriture au style fluide et très accrocheur qui donne envie de souffrir jusqu’au mot fin…
 
140 pages
Extrait

Le champ des brûlés
 
Encore ensommeillée, Cora risque un œil frileux, puis l’autre, hors du moelleux de la couette blanche. Basculant sur le côté, le nez dans l’oreiller, elle bougonne puis rassemble ses esprits. L’image d’un SDF encartonné s’impose, il dort chaque soir depuis un mois sous le pont en face de chez elle. Merci à vous, là-haut. J’ai un lit où dormir... Sauf qu’ici, pas de pont d’en face ! Elle n’est pas emberlificotée comme à son habitude dans ses draps de coton bon marché couleur sable, celle où gambadent des girafes faméliques. Une étoffe de lin au parfum de lavande et incrustée de broderies anglaises lui râpe délicieusement la joue. Mon Dieu, c’est vrai, je suis chez Laurie...
Elle soupire d’aise, n’ayant aucune envie de quitter le nid, mais perdre la notion du temps l’angoisse. Quelle heure peut-il être ? Les poings étirés vers le ciel, elle se fige, les narines en alerte. Un feu ? Oui, c’est bien l’odeur du feu qui monte du rez-de-chaussée, emplissant la minuscule chambre lambrissée de pin blond. Elle se redresse, intriguée, tendue comme un arc au bord du lit, les oreilles aux aguets. Rien, pas un bruit ne trouble ce nouveau matin à part le crépitement suspect. En face d’elle, l’ovale d’un miroir cerné de mosaïque lui renvoie son image. Quelle mine affreuse ! peste-t-elle en chiffonnant sa crinière des Highlands. Puis elle se lève d’un bond, ses pieds nus rencontrant la volupté d’une peau de mouton doré. De quoi avoir soudain l’âme compatissante envers ses rachitiques nattes en sisal !

Sous le peignoir enfilé à la hâte, elle déserte la chambre, parcourt la mezzanine jusqu’à l’escalier descendu à pas de loup, sa main voletant sur la rampe cirée. Le crépitement se rapproche, mais à peine a-t-elle frôlé les tommettes rouges patinées par les ans qu’une porte claque discrètement à l’arrière de la maison. Cora s’y précipite, trouve la cuisine, se rend à la fenêtre dont elle écarte vivement les rideaux de dentelle ; chassant la buée de sa paume droite, elle ne surprend rien d’autre qu’un frémissement dans un bosquet d’hortensias brunâtres. Dehors, bien au-delà des petits carreaux, un brouillard livide et peu engageant nappe les sommets environnants. 


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