L’enfance est le lieu de fulgurances propices à l’expérimentation du pouvoir créatif.
Parce qu’elle cultive avec insolence les jeux de langage, la polysémie, ainsi que les associations improbables de mots et de phrases, la poésie libère l’imagination et permet d’appréhender différemment les êtres et les choses de ce monde, voire même d’inventer des mondes possibles.
Par le mystère de la poésie, l’enfant s’approprie, et ce à l’insu de lui-même, un langage où seuls importent musicalité, rythme et métaphore.
Dans le cadre du projet pédagogique « Poésie dans la classe », vingt-sept enfants de CM2 conviés à habiter la langue se sont laissé surprendre par le plaisir et la fierté de faire écho aux propositions d’écriture qui leur ont été faites.
La diversité des origines et des cultures de ces poètes en herbe a grandement contribué à l’ampleur inattendue de ces centaines de pages noircies au fil des rencontres hebdomadaires.
Les poèmes et bribes de poésie rassemblés dans ce livre ne représentent qu’une part des productions écrites réalisées au cours des cinq séances de « Poésie dans la classe ».
Joyaux bruts recueillis dans la forêt des mots, ils ont d’abord été offerts en partage par les enfants lors des temps consacrés au dire poétique.
Un tel projet, en ce qu’il a fait surgir de complicité et d’étonnement, a pu voir le jour grâce à l’enthousiasme et à la présence de madame Agnès Sheikh, Professeur des écoles au Lycée Français International Aflec de Dubai, qui m’a chaleureusement reçue dans sa classe.
Laurette Succar
L’océan de Mathilde Abdul Malak
Je suis prisonnière
dans l’océan profond.
Je ne vois pas,
je suis perdue,
peut-être à jamais.
Autour de moi,
il n’y a pas de bleu
mais du blanc, du rouge, du gris
et de l’obscurité.
Un inconnu à ma place de Léa Prod'hom
Qui est-ce donc en face de moi,
qui bouge et qui parle comme moi
mais qui ne me ressemble pas ?
Tu n’as pas ta place ici,
va-t-en,
rends-moi mon visage,
celui que je veux voir tous les matins.