La porte bat
Le monde attendait
Au seuil de la maison
Et moi, tapie derrière la porte
Je percevais sa respiration
Tantôt saccadée, tantôt régulière,
Flux et reflux du Temps.
Jamais je n’aurais osé ouvrir
J’avais peur de l’étrangeté du monde,
De sa cruauté, de ses comédies.
Et je restais là, sans bouger,
Comme une statue patiente et grave
Qui aurait perdu son socle.
La situation aurait pu s’éterniser
Si le monde me restait étranger
La face de la terre n’en serait pas modifiée.
Une voix pourtant chuchotait
Que c’était faux et qu’il fallait
Que je sorte enfin de moi-même.
Je n’eus pas à obtempérer
Car le vent du malheur souffla si fort
Qu’il ouvrit la porte brutalement.
La porte se mit à battre, inlassable,
Avec une ardeur que je n’aurais pas imaginée.
Toute la terre entra en moi et je me mis à écrire.
Le premier jour je suis sortie sur le seuil
Et je fus éblouie par le soleil levant.
Alors, je choisis d’écrire la nuit
À la lueur d’une lampe complice...
La porte bat, je suis heureuse,
La terre et moi en équilibre.